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Sur un marché mondial estimé entre 550 et 650 milliards d’euros, la filière européenne de la sécurité pèse 150 milliards d’euros. Quant à la France, elle en représente 19%. Selon une étude gouvernementale de décembre dernier, avec 60 milliards d’euros et 1 million d’emplois (dont 30 milliards et 300.000 emplois pour l’industrie et les services marchands), ce secteur occupe une place majeure dans l’économie de notre pays.

Il y a près de deux ans, le gouvernement a voulu mieux saisir l’importance de la filière sécurité. Il crée alors le Comité de filière industrielle de sécurité (Cofis) qui regroupe l’ensemble des acteurs privés et publics du secteur. Puis, le Conseil des industries de la confiance et de la sécurité (CICS) qui rassemble plus de 500 grands groupes et PME (80% du chiffre d’affaires industriel de la filière). Ensuite, le gouvernement nomme en avril 2014 Thierry Delville délégué ministériel aux industries de sécurité. Outre le cœur des industries de sécurité (produits de sécurité et de cybersécurité, services de cybersécurité), la filière comprend les services privés et surtout un important secteur de services publics de sécurité non marchands : police et gendarmerie nationales, douanes, polices municipales, sécurité civile (dont certaines unités militaires), pompiers, justice, administration pénitentiaire.  Restait à savoir ce que pèse réellement cette filière. D’où l’importance de l’étude prospective Analyse du marché et des acteurs de la filière industrielle française de sécurité publiée  en décembre dernier par le Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (Pipame), en collaboration avec les cabinets Décision et Pierre Audoin Consultants SAS, en parallèle de l’étude européenne Ecorys 2015 financée par la direction générale de la Commission européenne.

Croissance supérieure au PIB. Grande surprise : la filière enregistre en 2013 un chiffre d’affaires global de 60 milliards pour près d’un million d’emplois publics et privés. Soit environ 4 fois plus que ce que les experts pressentaient ! Pour sa part, le secteur marchand et industriel s’appuie sur un tissu d’entreprises comprenant de grands groupes internationaux ainsi que des PME innovantes et fortement exportatrices. Corroborant le rapport annuel l’Atlas de la sécurité édité par le magazine En toute sécurité, la filière a vu son chiffre d’affaires (produits et services) se développer davantage que le PIB (un point de plus en moyenne) au rythme soutenu de 5% par an jusqu’à la crise de 2008 et réduit à 2% par an par la suite. Dans la période à venir (de 2013 à 2020), l’étude prospective du gouvernement prévoit que la croissance du secteur devrait repartir et retrouver sensiblement le même niveau qu’avant la crise (à 5,1%).

Bref, la sécurité apparaît comme une filière majeure du paysage marchand et industriel français. Mais il faut savoir que les budgets des services publics de sécurité (police, pompiers, justice…) comptent pour 28 milliards d’euros sur le total de 600 milliards d’euros pour un effectif de 650 000 personnes. Quant au secteur marchand de la filière sécurité, il représente 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 302.200 personnes. Sur ce créneau, l’industrie et les services associés s’accaparent 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 125.300 salariés. A côté de cela, on compte 9 milliards d’euros de recettes globales et 176.900 personnes pour les services privés de sécurité. Enfin, l’agrégation des chiffres d’affaires donne lieu à des doubles comptes estimés à 20 % du chiffre d’affaires total de la filière marchande, soit 6 milliards d’euros. « Mais cette estimation n’a pu être faite que globalement, et ce sont donc les chiffres bruts qui ont été retenus », rapporte l’étude.

Europe : un quart de la filière mondiale. Autre surprise, et non des moindres, la filière européenne de sécurité pèse un quart du total mondial. En effet, le marché mondial de la filière de sécurité marchande être estimé entre 550 et 650 milliards d’euros dont 350 milliards d’euros pour la partie industrielle (produits de sécurité et de cybersécurité) et 200 à 300 milliards d’euros pour les services privés. Sur ce montant global, la filière européenne pèse 150 milliards d’euros. En Europe, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni dominent la filière européenne de la sécurité marchande réalisant près de 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014 (avec 1,74 million d’emplois), et représentent ensemble 56% de ce total européen, dont 19 % pour la France seule. C’est en France que la sécurité pèse le plus (1,3 %) dans le PIB.

Si l’on ajoute les services publics, l’ensemble de la filière européenne de sécurité emploie environ 4,5 millions de personnes, dont 22 % par la France. Il y a une grande diversité dans les situations nationales en Europe, en particulier en ce qui concerne les forces de secours et de lutte contre l’incendie, où certains pays font largement appel à des volontaires (192.300 en France, 1 million en Allemagne) et où d’autres ne font appel qu’à des professionnels (58.000 au Royaume-Uni). Cela conduit à des effectifs totaux de l’ordre de 2,3 millions de personnes dans la lutte contre l’incendie en Europe, dont seulement environ 300.000 professionnels. En ce qui concerne les forces de maintien de l’ordre, l’Europe compte environ 1,5 million de policiers et gendarmes, dont 290 000 en Allemagne, 260.000 en France, plus de 200.000 en Espagne, et plus de 150.000 au Royaume-Uni. Ces effectifs de police sont dans l’Union européenne légèrement supérieurs aux effectifs des services privés de sécurité (1,5 million contre 1,4 million) ; en France le poids de la police est sensiblement plus élevé (262.000 policiers, y compris la police municipale, et gendarmes contre 177.000 dans les services privés).

Forte présence à l’international. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont de fortes positions exportatrices en matière de sécurité. Celles-ci sont, en partie, liées à leur industrie de Défense. En effet les technologies et les acteurs de la défense ont joué par le passé un rôle important dans le développement de certains des marchés de la sécurité civile. Cependant, à côté de ces segments duaux identifiés, militaires et civils (drones, communications, cybersécurité, vision nocturne, observation large zone, etc.), une autre part de l’industrie de la sécurité s’est développée en étant portée par des marchés spécifiques en dehors du monde de la Défense (contrôle d’accès, biométrie, alarmes, lutte contre l’incendie, etc.). La France exporte aujourd’hui 50% de sa production, où les industriels de Défense (acteurs dont l’activité se situe en majorité dans la défense) ne représentent aujourd’hui plus que 25% du chiffre d’affaires de la sécurité en France.

Les chiffres des exportations ne sont pas la seule mesure de la performance internationale. De grands groupes (Gemalto, Morpho, Thales, Airbus…), leaders incontestés dans leurs domaines, sont non seulement fortement exportateurs mais en même temps très implantés en Europe et dans le monde à travers leurs filiales locales, en particulier aux États-Unis. C’est notamment le cas dans les systèmes électroniques sophistiqués comme la biométrie et les systèmes d’identité biométrique à grande échelle, l’authentification forte et la sécurisation des transactions, les radiocommunications professionnelles sécurisées ou encore les produits « physiques » plus conventionnels comme les vêtements de protection ou les hélicoptères. Sur ces segments, les grands groupes sont souvent exportateurs à plus de 70%.

A leurs côtés, de très nombreuses PME et ETI sont aussi reconnues à l’international et très exportatrices (à plus de 50 % de leur chiffre d’affaires) dans des domaines tels que la sécurité numérique, la lutte contre la fraude, les communications, les objets connectés, la vidéosurveillance, la détection, les équipements de protection, les véhicules spéciaux (véhicules d’incendie, fourgons blindés). Les PME françaises de cybersécurité commencent à exporter de façon très significative. Sur l’ensemble de la partie industrielle de la filière, y compris les services à forte valeur ajoutée, la part du chiffre d’affaires réalisé à l’exportation par les entités juridiques situées en France (y compris les filiales de groupes européens et étrangers) est de l’ordre de 50%. Cela semble à peu près compenser les importations, dues largement aux flux entre usines des groupes, mais aussi à la concurrence d’industries non européennes, et notamment de dispositifs fabriqués en masse en Asie (capteurs et alarmes, caméras, etc.).

Autant la partie industrielle de la filière sécurité est très internationalisée, et fait l’objet de concurrence et d’échanges intenses entre sociétés, régions et continents, autant la partie services vise des marchés locaux ou de proximité, où les échanges extérieurs sont négligeables (ce qui n’exclut pas les implantations internationales de certains groupes). De ce fait les emplois dans les services de sécurité ne sont pas susceptibles de migrer, ils sont liés à la population, aux villes et aux sites d’activités locaux.

Plus de 10.000 entreprises françaises. La filière de sécurité compte de très nombreuses entreprises, en particulier dans les services. Dans le cœur industriel de la filière, l’étude a permis de dénombrer plus de 1.000 entreprises en France. Dans la partie services, l’Insee dénombrait 9.659 entreprises en 2013, dont environ 3.600 emploient un salarié au moins. L’industrie de la sécurité compte des grands groupes français et internationaux. Parmi ceux-ci des groupes français comme Airbus (communications, intégration), Airbus Hélicoptères, Gemalto (sécurité numérique), Morpho (biométrie), Oberthur (sécurité numérique), Thales (cybersécurité, communications, intégration), Ingenico (sécurité numérique), ou bien des filiales françaises de groupes internationaux comme Honeywell (vêtements de protection), UTC (sécurité incendie) Securitas (services), pour ne citer que ceux qui réalisent plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires en France. Tous ces groupes détiennent de très fortes positions sur les marchés mondiaux.

Le tissu de PME est également très compétent et développé. La croissance et le dynamisme sont surtout observés chez les PME et ETI, dont certaines enregistrent des croissances très fortes (plus de 30%). De nombreuses PME sont également très performantes à l’exportation. Par exemple AT&T (marquage), HGH (surveillance infrarouge), Hologram Industrie (marquage), Multix (détection) ou bien des ETI comme Centigon (fourgons blindés), CS (logiciels), Delta Plus Groupe (protection individuelle), Europrotect (protection indiviuelle), Gimaex (véhicules incendie), Groupe Marck (protection individuelle), Inside Secure (sécurité numérique), RSI Video (vidéo surveillance), Sides (véhicules incendie), groupement Hexatrust (cybersécurité).

Mutation. Au final, les chiffres moyens cachent en réalité une mutation de la filière. La partie traditionnelle des activités de sécurité (protection physique, services de gardiennage) stagne, alors que des domaines nouveaux comme les produits et systèmes numériques et robotiques, ou la cybersécurité, sont en très forte croissance. Cela traduit une mutation de la société elle-même qui se « numérise » et se prépare aux évolutions telles que les réseaux intelligents, les villes intelligentes, les automobiles et les objets connectés, et plus généralement, l’utilisation exponentielles de capteurs toujours plus performants et miniaturisés dont les informations nécessitent stockage et traitement. Toutes leurs applications nécessitent d’être fortement sécurisées et d’intégrer des dispositions de protection de la vie privée dès leur conception (ingénierie de type « privacy by design »). Ces évolutions offrent de formidables opportunités pour l’industrie et les entreprises françaises et européennes, qui nécessiteront de la part de tous les acteurs impliqués des visions audacieuses et une grande rapidité de mise œuvre pour être saisies.

Source : http://www.info.expoprotection.com/
Auteur : Erick Haehnsen

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